Le coffre

un poème de Bernard Bouvier


Je suis monté au grenier où j’ai retrouvé une vieille malle mystérieuse. Je l’ai ouverte par un après-midi ensoleillé et j’y ai trouvé : des mijaurées imaginaires, quelques ryhmnes, des salamis d’enfance, la sémantique du sémitique emballée dans un vieux journal, un sensationnel sarcasme bien sonore, l’un et la lune enlacés, deux mollènes, l’idolâtrie du succès (pouah !), la sextualité (quésaco ?).

Je refermai le couvercle. Il flottait comme une bénédiction dans l’air. Je descendis à la cave. Un vieux coffre y dormait depuis longtemps. Je l’ouvris et s’en échappèrent de barbares borborygmes. Je me penchais à l’intérieur pour en voir le contenu. Des centaines de paperolles s’y trouvaient dans le plus grand désordre. Je plongeais la main et en saisis une poignée que j’entrepris de déplier et de déchiffrer :

Un visage pluvieux. L’âme blonde. J’ai perdu l’hébétude. Un vélo de cachemire. Expliquer l’inextricable. Le musée de la poitrine. Le levier du levain. De précieux égarements. Plaisir d’écrire dure toute la vie. Si l’on t’ouvre une porte : entre ! Elle souffre de psychanalyse.

Je me mis à en remonter des brassées et à les lire:

L’érotisme, composante de toute vie spirituelle. Le respect criminel de la hiérarchie. On ne se bat pas contre des ectoplasmes. Le plein emploi, oui, mais de soi-même. Femme fameuse. Magali se régale. Inclination et appétence. J’ai souffert à Sumer, je fus persécuté à Persépolis. Il écoutait aux écoutilles. Elle exhalait la douceur comme un parfum. Le froid de l’effroi. Le désir est appelé ouverture des yeux. Sans hâte ni retard. Gaieté, ma politesse. Le secours chaotique. La reine-mère n’est pas ma cousine, avec son râtelier et ses amphétamines. Tous les poisons de l’Amérique. On ne trébuche pas sur une montagne. Doux à la bouche, amer aux entrailles. Toujours me lundi fut jour de chance. Il y a mieux à faire que des affaires. Sucrez les mollahs ! salez les machos ! Fracasser les langues de bois à la hache. Le plus petit consommateur commun. La lepénalisation. Mon cher bourbier. Je fuis la pureté comme la peste. L’exportation de l’intranquillité. La capitale du Bachkortostan se nomme Oufa. Hadès est dans l’escalier. Matthatias à Manhattan, Alzheimer en Azerbaidjan. Pas encore né mais déjà enterré. Michaux électrique. La puissance du puits. Il s’était pacsé avec Max Havelaar.

Le premier pas sur le chemin de la guérison, c’est le dit de ma détresse. E fredda m’accende. Pour toi le silence est louange. L’écran aveugle. J’avoue avoir envisagé l’aventure avec vous.

L’Europe aux fesses creuses. Regarder le ciel avec les dents. Ciel ! mes excréments. Le temps est vin de Bourgogne. Il faut battre le chiot tant qu’il est fier (le faut-il ?). Léger mais non superficiel. Ces déodorants qui puent. Maintenant, c’est à dire à la fin du monde. La poésie c’est rendre présent l’absence. Le temps est une invention des gens qui ne savent pas aimer. Un compositeur de soupe. Cet auteur ne cesse pas d’offenser.

 

Bernard Bouvier
décembre deux mille dix

 


 
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