La poubelle d'Ève

un poème de Carole Gagné


J’en suis la fille, du centre d’Éden, issue d’une chute originelle
Difficile de vivre bienheureuse dans un tel emblème distingué
Paraître blanche, rosière, vierge, lumineuse, inutilisée, j’étincelle
Héritière de tant d’œuvres d’art, inestimable, je suis un musée

De n’avoir pu cloîtrer sa conscience, Adam fou de s’imaginer sans elle
N’avait pas pris cette précaution, cela ne lui plaisait pas de vivre esseulé
J’écris ce poème en rêvant de marées chaudes et de ses gauches mamelles
Silencieuse, assise dans ma ruelle, je pleure l’homme qui meurt asphyxié

Morne comme un chapelet, il s’y trouve des choses surprenantes dans ma poubelle
Jusqu’à la collecte, il vaut mieux en garder le couvercle hermétiquement fermé
Car la décomposition de la chair mortelle, effet de quelques fautes intellectuelles,
Dégage des odeurs qu’on ne voudrait retrouver qu’en enfer, fort loin de l’éternité.
 

 

Carole Gagné
mars deux mille dix


 
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