Une très vieille dame

un poème de CYL


Elle était belle encore,
Après toutes ses saisons,
L'aïeule, la douce,
L'ancienne, la grand'mère.
Celle des confitures
Alignées dans l'armoire,
Celle des contes anciens
Au farfadets enfuis.
Avec, jusqu'aux poignets
Serrés d'étoffe sombre,
Ses fins bras, et au bout,
Ses doigts, pâles sarments,
Surgissant
En des envols lents.
Avec un ruban noir
Sur son cou bien caché,
Et une raideur d'ivoire,
Dans ses pas, déplacée...

Dans sa chambre de vieux,
Ayez cette tendresse
D'exposer l'image
De ce qu'elle a été.
Plus encore si le temps
Avec ses naufrages,
A trop brouillé l'image,
Et cache sa vérité :
Elle fut jeune, courtisée,
Et ardente amoureuse,
Pas seulement dévouée.
Souvent forte, astucieuse,
Retorse pour les siens.

Oui, même heureuse,
Ayant connu le pire :
La guerre , si la gueuse
Ne l'a pas dévastée.

Toutes ces passions
Elle les a senties !
Et même le progrès,
Elle y a applaudi.
N'étaient ce vieux visage
Et ce corps disgracié :
Ce saut dans un futur
Dont nous sommes menacés,
Quoi d'autre, vraiment,
Nous tient à distance,
De ces retraités
En leur dernier âge ?...

 

CYL
Avril 2010


 
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