Gossip Girl (saison 1)

une critique de Daniel Ducharme


Gossip Girl, série télévisée américaine créée par Josh Schwartz et Stephanie Savage diffusée depuis le 19 septembre 2007 sur The CW et, au Canada, sur le réseau CTV. En France, la série est diffusée sur TF1 depuis l'automne 2008.

Gossip Girl est une Teen TV Serie, autrement dit une série télévisée qui s’adresse aux adolescents de seize à dix-huit ans, l’âge où, aux États-Unis du moins, ils sont sur le point de terminer leurs études secondaires pour entrer au college, institution pré-universitaire qui n’a rien de commun avec le collège en France ou le cégep au Québec. Toutefois, ces ados ne sont pas des ados comme les autres: ils vivent à Upper East Side, un quartier huppé de New York, et leurs faits et gestes sont rapportés dans Gossip Girl, une sorte de blogue alimenté par les uns et les autres, formant ainsi un ramassis de ragots très prisés par ce milieu.

La série débute avec le retour à New York de Serena qui, en raison de ses nombreuses bêtises, avait été mise en pensionnat pour se faire oublier un peu. Serena vit avec sa mère et son jeune frère dans un palace cinq étoiles. Elle retrouve sa meilleure amie, Blair, une superbe nana qui s’accroche à Nate, son fiancé, lequel n’est pas aussi sûr de ses sentiments. Nate est le meilleur ami de Chuck, un type bourré de fric qui fait la fête du matin au soir, son papa épongeant à coup de généreux bakchichs la moindre de ses bêtises. Enfin, il y a Dan, le fils d’une ex-vedette rock reconvertie dans l’art visuel. Plus modeste que les autres, Dan bénéficie d’une bourse d'étude pour fréquenter le collège. Il devient le petit ami de Serena et, dans la série, incarne le côté «égalité des chances» de cette Amérique si fortement inégalitaire, le gars pour qui les valeurs, les sentiments, comptent plus que l’argent. Une espèce plutôt rare dans ce quartier de New York.

Gossips Girl compte bien entendu de nombreux chassés-croisés amoureux. Sauf qu’à la différence de ceux que nous avons nous-mêmes connu en nos vertes années, l’argent est là pour atténuer la peine… Ainsi Chuck, rejetée par Blair – la fiancée de son meilleur ami – va passer quelques jours à Monaco pour se changer les idées. Et quand Blair se fait larguer par Nate, elle demande à sa mère de l’inscrire dans une école privée à Lyon pour se remettre de sa déception amoureuse.

Bref, Gossips Girl met en scène une bande de fils à papa qui méprisent, chacun à sa façon, ceux qui ne partagent pas leur monde. Ces jeunes n’ont bien entendu aucune conscience sociale, et leur culture est celle des vêtements chics, des bijoux de luxe et des gadgets électroniques. Alors, d’où vient le fait que je me suis tant attaché à ce monde si superficiel? D’où vient le fait que j'ai pris du plaisir à suivre les personnages de cette série? Je me pose ouvertement la question, n’hésitant pas à me remettre moi-même en question. Sans doute que je travaille trop, que j’ai trop de responsabilités, que la vie après quarante ans n’a pas les charmes escomptés… Sans doute que, après une longue journée de travail, une fois à la maison, j'éprouve une sorte de délectation à me plonger dans ce milieu qui se trouve à des kilomètres de ce qui fait mon quotidien et que, à quelque part, cela me détend. Après tout, n'est-ce pas le but de l'entertainment de détendre les gens fatigués par la vie? Il y a vraisemblement un peu de vérité dans chacun de ces énoncés. Après réflexion, toutefois, je crois que Gossip Girl illustre à merveille la mécanique du désir collectif, réunissant tous les éléments de mise en application du désir mimétique de René Girard, ce philosophe français qui estime qu’on ne désire jamais vraiment une chose, une personne, mais plutôt ce que cette personne nous montre comme désirable. Autrement dit, le désir est toujours médiatisé, toujours mimétique; il n’est jamais désir de l’autre, mais bien désir selon l’autre. Dans Gossip Girl, Serena, Blair, Nate et Chuck représentent en quelque sorte des rois soleils autour desquels tournent une centaine de soupirants. Comme des papillons, ils cherchent tous à s'en rapprocher  et, bien entendu, s’y brûlent les ailes. Et quand l’un d’entre eux, comme  Blair, par exemple, chute de l’échelle mondaine, alors le désir qu’on avait d’elle chute aussi, et on s’en éloigne en lui tournant méchamment le dos. Étrangement, une série aussi superficielle que Gossip Girl est une parfaite illustration de ce phénomène intemporel.

Seul Dan échappe à la logique infernale du désir mimétique, aimant Serena pour elle-même, même si elle est la meilleure amie de Blair, reine de ce monde épouvantablement antipathique de Gossip Girl.

 

Daniel Ducharme
janvier 2009


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