Dans le Petit Robert (1987), on définit l’accent comme « l’augmentation d’intensité de la voix sur un son, dans la parole ». Plus précisément, l’accent est un phénomène linguistique qui se définit par « l’ensemble des caractères phonétiques distinctifs d’une communauté linguistique considéré comme un écart par rapport à la norme (dans une langue donnée). Ainsi il y aurait un accent québécois, signe distinctif de notre communauté par rapport aux Français de France, par exemple. Est-ce vraiment juste ? Il y a aussi beaucoup d’accents en France, tout comme en Suisse, en Belgique et même au Canada. Le développement des communications depuis les années 1960 a toutefois pour conséquence d’atténuer le phénomène et, dans une certaine mesure, de resserrer la norme langagière.
Récemment, un lien sur Facebook pointait un article d’Yves Lagacé, chroniqueur de La Presse, un quotidien qui doit sans doute sa survie à ce genre de tribuns, les journalistes étant devenus une denrée rare sous nos latitudes. Dans cet article, intitulé Le Québec de Wadji Mouawad, Lagacé dénonçait le dramaturge qui, sur les ondes de la radio française, aurait osé critiquer l’accent québécois qu’il refuserait d’adopter. Sur Facebook, il ne fallut pas trente secondes pour qu’un gars offre un visa permanent à Wadji Mouawad pour la France…
Qu’est-ce qui est en jeu ici ? L’intolérance, voire le racisme latent qui sommeille au fond de plus en plus de Québécois. Ces gens-là n’aiment pas qu’on critique l’accent du Québec, leur façon de parler, même quand ils parlent mal, même quand ils introduisant un anglicisme par phrase, comme ces mots qui ont cours dans les médias, voire dans la classe politique : support au lien de soutien, opportunité au lieu d’occasion, agenda au lien d’ordre du jour, de programme ou de priorité, etc. Et quand cette critique provient d’un individu né à l’étranger, très rapidement on lui demande de retourner d’où il vient. Si c’avait été un Québécois né au Québec qui aurait osé faire une remarque sur notre accent, est-ce qu’on lui aurait demandé de retourner en France ? Dès qu’on se permet de critiquer le Québec, on rappelle promptement à la personne qu’elle n’est pas d’ici, qu’elle est une immigrée en quelque sorte, même si, comme dans le cas de Mouawad, elle fait la fierté du Québec hors nos frontières.
Depuis la fin des années 1990, je constate le glissement qui est en train de s’opérer au Québec. Glissement vers l’intolérance, le racisme, vers ce « nous » qui ne veut plus rien dire. On n’a pas être fier d’une façon de parler. Et il ne faut pas confondre l’accent à ce triste français qu’on est en train d’institutionnaliser ici. Dire qu’on a adopté Station centrale, une traduction littérale de Central Station, pour désigner la gare routière de Berri-UQAM sans que l’Office de langue française n’y trouve à redire. S’il y a scandale dans la façon de parler des Québécois, c’est ici qu’il faut le chercher, pas ailleurs.
La langue française n’est pas un outil de discrimination envers les étrangers ou les gens moins scolarisés. La langue française est un outil de communication que partagent plusieurs États de la planète. L’accent n’est pas un frein à cette communication. Avec la mondialisation, il est appelé à s’atténuer. Par contre, la valorisation des lacunes (du genre : « C’est comme ça qu’on parle chez nous ! ») constitue un frein à cette communication, un frein à l’amitié entre les Francophones du monde, un frein au progrès social.
Daniel Ducharme
septembre 2011