À la base il y a l'amitié, telle qu'en parle Sénèque et non le petit Robert. Une attirance entre deux êtres qui va jusqu'à la confiance totale, mais pas l'attirance physique. La confiance, la confidence, le désir d'aider l'autre (et non pas d'être aidé par l'autre), jusqu'à la mort s'il le faut. Partage, échange, enrichissement mutuel, et du coup plaisir d'être ensemble. Ne vous est-il pas arrivé de retrouver un ami après plusieurs années et d'avoir l'impression qu'on s'est quitté la veille ?
Sénèque fait lui-même la transition entre amitié et amour : l'amour est une amitié prise de folie, et la folie est passion, et l'amour, oui, l'amour est passion, et non pas désir sexuel. Et c'est parce qu'il est passion que l'amour est inexplicable. Il n'y a pas de définition de l'amour, l'amour est le plus grand mystère de la création.
Il existe aussi l'amitié amoureuse, qui va jusqu'à l'attirance physique, mais qui ne va pas jusqu'au sexuel. C'est très beau mais très difficile à vivre. L'amitié est à la base parce qu'elle peut durer toute la vie, et s'enrichir, s'approfondir au fil du temps. L'amitié-amoureuse, plus rare, ne dure généralement pas très longtemps et se poursuit en très belle amitié.
L'amour, qui est passion, peut durer un certain temps, même quelques années, mais c'est une flamme qui finit par s'éteindre petit à petit, car la folie-passion n'est pas facile à entretenir indéfiniment. Mais au bout du compte il peut rester cette amitié-amoureuse qui est si belle.
Et puis il y a les âges ! Il m'est arrivé (j'ai 65 ans) de proposer à une amie de 25 ans avec laquelle une amitié-amoureuse se dessinait, d'être frère et sœur, l'inceste n'étant pas permis ; c'est devenu une très grande amitié, avec même parfois des élans paternels. Et puis il y a l'amour maternel, l'amour filial, qui ressemblent à l'amitié-amoureuse (ou inversement), et qui pourtant sont complètement différents. Il y a aussi les amours enfantines, les amours univoques...
Pas de définition possible, tout cela est tellement plein de nuances, de subtilités, de folies, il n'y a pas deux cas qui se ressemblent. Mais en tout cas, tout ça est si beau... Peut-on définir la beauté ?
Berrnard de Monès
octobre 2011
Parmi les multiples définitions que donne le Petit Robert (1987) du mot « amour », je retiens celle-ci : « Inclinaison envers une personne, le plus souvent à caractère passionnel, fondée sur l’instinct sexuel mais entraînant des comportements variés ». Quelle étrange définition ! L’amour qu’un individu porte à un autre individu est-il nécessairement fondé sur l’instinct sexuel ? Bien qu’il ne soit pas interdit de réfléchir à la question, avec le temps je me suis convaincu que l’amour qu’une personne ressent pour une autre se développe dans le quotidien, se renforçant lentement au fil des jours. Certes le corps de cette autre personne joue sans doute un rôle, mais c’est son mode de présence au monde, sa manière d’être, qui plaît tant ou ne plaît pas chez l’autre. Après plusieurs années d'errements amoureux, je comprends maintenant que c’est la manière d’être d’une personne que l’on aime par-dessus tout, et non son apparence physique ou ses qualités intellectuelles. En conséquence, le mode de présence au monde – qui correspond plus ou moins au concept heideggerien de dasein – n'est pas étranger au sentiment amoureux. Quant aux « comportements variés » qu’entraîne le sentiment amoureux, je n’ose me pencher là-dessus pour le moment… La définition du Petit Robert met aussi l’accent sur le caractère passionnel de l’amour. Voilà qui étonne de la part d’un ouvrage si sérieux. Pour approfondir cette question, je vous invite à consulter la définition de désir.
Daniel Ducharme
mai 2006
Amour... Un grand A pour un bien petit mot, mais aussi: le
monde entier tourne
sur sa pointe.
Allan Erwan Berger
septembre 2008
En terminant, je ne peux passer sous silence le dernier texte qu’a écrit Albert Cohen, l’auteur du monumental de Belle du Seigneur, avant de mourir. Dans un numéro de mai 1981 du Nouvel Observateur, en répondant à une simple question sur l’écrivain engagé, il a fait cette tirage, véritable hommage à l’amour partagé: « Je vous ai répondu que j’ai quatre-vingt-cinq ans et que je vais mourir bientôt, dans deux ans ou un an ou le mois prochain. Mais que je suis heureux d’aimer ma femme en ma vieillesse et d’être aimé par elle en ma vieillesse, et que seul cet amour donné et reçu m’importe, seul m’importe, car je vais mourir bientôt, car je vais bientôt connaître l’agonie, dame d’honneur de ma mort et disparition. Oui, être aimé et aimer à quatre-vingt-cinq ans et rire de bonheur alors que je sais que je vais mourir est ma seule réponse à votre lettre. Tout le reste est poussière soulevée par le vent » (cité dans Belle du Seigneur, Gallimard, 1986 – Bibliothèque de la Pléiade, p. cvii).
Daniel
Ducharme
novembre 2008