Il y a deux espèces d'anarchistes dans le monde : les anarchistes impuissants, et les anarchistes très puissants. Les premiers insistent sur l'égalité des individus, et veulent que l'ordre naisse hors de l'État, qu'ils jugent – avec quelque apparence de raison – à la botte des seconds. Ces derniers, quant à eux, insistent sur le caractère nuisible de la loi, et veulent que l'harmonie naisse du jeu naturel des simples rapports de forces. Les premiers invoquent Proudhon et Reclus, les seconds affectent de croire que le darwinisme s'exporte dans l'économique et le social. Le pire ennemi de l'État n'est ainsi pas forcément le petit libertaire qui rêve d'autogestion et de communautés, mais le grand patron, très anarchiste, qui veut être le maître du monde sans qu'on le contraigne à respecter quoi que ce soit. Employés dans une entreprise, méfiez-vous de votre boss s'il se vante d'être un anarchiste : il se pourrait qu'il le soit véritablement, pour votre plus grand malheur de petit salarié libertaire et idéaliste.
A. E. Berger
décembre 2010