Le mot archives, tel qu’usité au féminin pluriel en français pour désigner l’information organique et consignée, tire son origine du mot grec ancien arkheïa, et non pas de arkheion, mot singulier, dont on a fait trop souvent l’erreur de traduire par «ce qui est ancien». En fait, arkheïa signifie commencement, et plus en avant, commandement. Puisque chez les Grecs les anciens détenaient le pouvoir dans la cité, on a confondu la cause (les anciens) et avec ses effets (les archives). De cet imbroglio sémantique, il résulte qu’au départ le mot archive, au masculin, désignait surtout un lieu – arkheion – d’où provenaient les ordres des anciens que l’on désignait d’ailleurs sous le nom d’archontes, soit les magistrats qui gouvernaient les cités grecques.
Les
archives, pourrait-on
dire, c’est «là où les choses commences (Jacques Derrida, Mal
d’archives,
Galilée 1995, p. 11), ou encore, «là où des hommes commandent»,
c’est-à-dire là
où s’exerce l’autorité, le lieu d’où provient l’ordre. Plus simplement,
l’archive est la maison où l’on dépose les documents officiels. Les
archontes
en sont d’abord les gardiens. Comme le précise le philosophe français
Jacques
Derrida (p. 13), ils assurent la sécurité physique du dépôt d’archives
et, en
tant que gens de pouvoir, on leur reconnaît aussi une compétence
herméneutique,
c’est-à-dire le pouvoir d’interpréter les archives.
Au mépris
des
législations de la plupart des pays francophones, le Petit
Robert (1987)
définit les archives uniquement comme des documents anciens, escamotant
ainsi
leurs qualités de soutien aux activités des organisations et à
l’exercice du
pouvoir des États. À notre avis, il est temps de rappeler que les
archives sont
l’ensemble des documents créés et reçus par une personne ou une
organisation
dans le cours normal de ses activités et que, à ce titre, elles sont au
cœur de
toutes activités humaines, quelles qu’elles soient.
Daniel Ducharme
janvier 2008