Arme


Le Petit Robert (1987) du mot arme, la première illustre bien notre propos et, en conséquence, est la seule qu’il vaille la peine d’être retranscrite ici: «Instrument ou dispositif servant à tuer, blesser ou à mettre l’ennemi dans l’impossibilité de se défendre». Grosso modo, une arme est objet qu’on utilise pour tuer un «ennemi», c’est-à-dire un autre être humain, un homme et une femme comme nous, en somme, qui nait, vit et meurt, la plupart du temps sans trop savoir pourquoi. Quant au mot armement, il désigne tout simplement «l’action d’armer, de pourvoir d’armes» un soldat, une place ou un pays en vue de se préparer au combat, à la guerre. Jusque là, tout va bien. Que peut-on en dire, si ce n’est que c’est le mot armement qui sert à qualifier l’industrie chargée de fabriquer des armes, une industrie qui fonctionne la plupart du temps dans l’ombre, qu’on nomme à peine dans les médias quand elle se trouve sur notre territoire, et ce même dans les pages économiques des quotidiens. Pourquoi? Est-ce par pudeur? Est-ce en raison de la honte collective que nous éprouvons à l’idée que le Canada et la France fabriquent respectivement 2 et 9% des armes en circulation dans le monde? Je sais, c’est peu comparativement aux 30% d’armes produites par les États-Unis et la Russie (voir Industrie de l’armement dans Wikipédia.org : http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l'armement). Enfin…

Laissons tomber les armes et l’armement pour nous pencher sur ceux qui les fabriquent… Ici, je ne parle pas de l’industrie qui, en tant que telle, n’est guère différente des autres industries dont le but premier est le profit. Non, je veux parler des êtres humains, des ingénieurs qui, tapis dans un département de recherche et développement (R&D), oeuvrent à l’élaboration d’armes destinées à tuer d’autres êtres humains. Comment se sent-il, l’ingénieur, le soir quand il rentre à la maison? Que répond-il quand sa femme lui demande s’il a passé une bonne journée? «Super, chérie, on a mis au point un prototype de projectile capable de tuer dix mille hommes d’un seul coup.» Ou alors: «Oui, très bonne journée, mon chou, avec un collègue biochimiste, on a découvert un truc pour infecter d’un virus fulgurant une population entière dans un rayon de trois cent kilomètres». Chouette métier, non, que celui d’ingénieur militaire…

Ceux qui militent pour la paix dans le monde – et ils sont nombreux – seraient mieux avisés de s’en prendre à l’industrie de l’armement de leur pays au lieu d’en appeler à des gourous qui se préoccupent, comme de leur dernière chemise, de la véritable source du problème: ceux et celles dont le métier consiste à fabriquer des armes.

 

Daniel Ducharme
février 2008


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