Le Petit
Robert
(1987) se montre fort peu loquace quand il s’agit de définir le bonheur. Pour cet ouvrage d’une
réputation sans tâche,
il s’agit simplement d’un «état de la conscience pleinement
satisfaite »
et, par extension, de «ce qui rend heureux». N’est-ce pas saugrenue de
définir
le bonheur par ce qui rend heureux? Qu’est-ce qui
rend heureux? Tout et
n’importe quoi, c’est selon. Si la pratique assidue de la sexualité
vous rend
heureux, peut-on affirmer que le bonheur réside dans la vie sexuelle?
Peut-être
bien, après tout… puisque le bonheur s’avère souvent relié à la
satisfaction.
D’ailleurs, Wikipédia (2008) inclut la satisfaction
dans sa définition
du bonheur, allant en cela un peu plus loin que le Petit
Robert. En
effet, le bonheur y est défini comme «un état durable de plénitude et
de
satisfaction, état agréable et équilibré de l'esprit et du corps, d'où
la
souffrance, l'inquiétude et le trouble sont absents.» Le
bonheur est une
notion importante pour les hommes et les femmes, même si personne
n’arrive à en
offrir une définition précise. Ainsi, la recherche du bonheur est
inscrite en
toutes lettres dans la Déclaration d’indépendance américaine du 4 juillet 1776, de même
que dans la Déclaration
des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Alors,
qu’est-ce que
le bonheur, cette notion qui figure dans des documents de constitution
de
plusieurs États?
Ce qui
importe de
retenir dans les définitions que nous avons vues, c’est que le bonheur
est
surtout, et avant tout, un état d’esprit. Par ailleurs, le mot plénitude
revient dans la plupart des définitions, ce qui renvoie à l’idée
d’accomplissement, notamment à celle de réalisation de soi. On pourrait
donc
affirmer que le bonheur réside dans la réalisation de nos projets et
dans le
sentiment de plénitude qui en résulte. Alors, s’il en est ainsi, force
est
d’admettre que le bonheur ne dure pas, qu’il ne saurait être permanent,
qu’il
correspond plutôt à un état déterminé dans le temps ou, mieux, à une
succession
d’états. À moins d’adhérer au bouddhisme qui estime que le bonheur – le
nirvâna, en quelque sorte – réside
dans
l’atteinte d’un état où le sujet renonce à toute forme de désir, il faut accepter le fait que
personne ne peut être
heureux à long terme.
Il y a
quelques
années, j’ai rédigé une nouvelle qui se terminait ainsi: «J’ignorais la
forme
que pourrait prendre le bonheur dans ma vie, mais confusément, je
sentais que
Florence, par sa présence, n’y serait pas étrangère. Et je pensai
alors, avec
la force de conviction que confère la jeunesse, que plus tard, beaucoup
plus
tard, quand on me demandera de définir le bonheur, je répondrai: Le bonheur est une succession de moments
dont on se souvient les jours de pluie. Dans mon cas, il a pris la
forme d’un
après-midi de novembre 1974 alors que je revenais du cinéma avec une
amie qui,
endormie à mes côtés, avait posé sa tête sur mon épaule». Nous
sommes plus tard aujourd’hui. Et je
suis
heureux que je me souvienne… car, se souvenir, c’est créer, et ceux qui
ne se
souviennent de rien manquent, en fin de compte, d’imagination. Daniel Ducharme
janvier 2008