Condition


Le mot condition est éminemment polysémique, à l’instar de nombreux mots qui prennent place dans ce dictionnaire intimiste. D’emblée rejetons condition usité dans le sens de clause (contrat), d’obligation ou d’exigence pour nous concentrer sur le sens originel de ce mot qui désigne la «situation où se trouve un être vivant» (Petit Robert 1987) ou, plus précisément, «l’élément d’un tout qu’il aide à constituer d’une manière essentielle» (Trésor de la langue française informatisé). Ainsi le mot condition renvoie en quelque sorte à ce que nous sommes, notre état, notre manière d’être. Et ce que nous sommes collectivement en tant qu’humanité fait référence à notre condition de mortel. En effet, peu importe ce que nous faisons dans la durée comprise entre la naissance et notre fin – durée qu’on appelle la vie –, une chose est inéluctable: nul n’échappe à sa condition, c’est-à-dire à la mort.

L’homme ou la femme qui prend conscience de sa condition de mortel fait un pas vers la sagesse, un pas vers un certain détachement envers les détails du quotidien qui, soudain, ne revêtent plus la même importance. Mais ce pas, qui semble aller de soi pour plusieurs d’entre nous, demeure difficile à franchir pour d’autres personnes, y compris des personnes âgées qui, à mon grand étonnement, se comportent comme s’ils ne savaient pas qu’ils allaient mourir… Comme se fait-il que l’émergence de la conscience ne s’est jamais produite chez eux? Ni à l’adolescence, ni à l’âge adulte (lors de la crise de la quarantaine, par exemple), ni jamais…

Quand on prend conscience de sa condition, on accède en même temps au savoir le plus essentiel nous concernant: on sait qu’on va mourir un jour ou l’autre. La mort devient alors un phénomène inéluctable qu’il serait vain de masquer. 

Apprenons donc à mourir puisque telle est notre condition.

 

Daniel Ducharme
septembre 2008


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