On parle généralement de finitude en géographie, notamment quand il s’agit de tracer les limites de l’étendue du monde. En philosophie, la finitude caractérise la condition humaine, le sentiment du devoir mourir de l’être humain, une contingence radicale de sa condition. C’est dans ce sens-là que le mot finitude résonne en moi, laissant émerger une prise de conscience fondamentale: mon existence va finir un jour ou l’autre, dans sept ou vingt-huit ans, peu importe, mais elle finira et ne sera suivie par rien d’autre que le néant, le vide, le non être, ne laissant survivre que mon image, transposé en souvenir, dans l’esprit de certaines personnes qui m’ont connu sur cette terre, et ce pour une durée fort limitée.
Le moment de la prise de conscience de la finitude varie d’un individu à l’autre. Certains en prennent conscience fort tôt, souvent dans la vingtaine, voire avant, tandis que d’autres, sans doute les plus nombreux, éprouvent le sentiment de leur mort prochaine dans la quarantaine. Mais chez d’autres personnes encore, ce moment ne survient jamais, comme si le fait de mourir était étranger à leur condition. Et cela me conduit à dévoiler une polarisation, celle qui oppose les individus qui ont pris conscience de leur condition de mortel et ceux qui ne prennent pas la peine de penser leur finitude, tout simplement parce qu’ils refusent de reconnaître une évidence de portée universelle: nous allons tous mourir un jour ou l’autre car la mort, cette grande faucheuse, frappe indistinctement les riches et les pauvres (les seconds avant les premiers, si l’on en croit les statistiques) ; elle est en chacun de nous. Ne pas le reconnaître équivaut à nier la vie elle-même.
La conscience de la finitude procure un détachement par rapport aux choses de ce monde. Et dans la mesure où l’on s’attache moins à ces choses, on en ressent un sentiment accru de liberté. Libre face à la mort, on peut donc l’envisager avec plus de sérénité, avec plus de sagesse. Et surtout ne plus la craindre.
Daniel Ducharme
janvier 2008