Le Petit Robert (1987) définit la frontière comme la « limite d’un territoire qui en détermine l’étendue » et, par extension, la limite séparant deux États. N’est-il pas significatif que ce mot a pour origine le front d’armée, expression qui renvoie au langage de la guerre ? À mon avis, l’idée la plus caractéristique de la frontière est représentée par cette barrière métallique séparant la ville américaine de San Diego, en Californie, et celle de Tijuana au Mexique, barrière prolongée par un mur qui s’étend sur quelque 3500 kilomètres vers l’est. Cette barrière illustre à mes yeux la barbarie à son état le plus aggravé. Et cette barbarie vient de l’occident.
Personnellement, j’ai la conviction profonde que le progrès social va de pair avec l’abolition ou, du moins, la raréfaction des frontières. À l’aube de l’humanité, la frontière était tracée à l’orée du village. Puis elle s’est étendue à la région et, plus tard encore, au pays, notion floue qui recouvre parfois celle d’État. Au seuil du 21e siècle, les limites territoriales devrait être fixées par le ciel et les étoiles. Et encore… Ceux qui exaltent le sentiment de la nation ou du pays vont à l’encontre de ce progrès. Ce sont des barbares qui s’imaginent que le fait d’être né à quelque part leur confère certains droits que d’autres n’ont pas, simplement parce qu’ils sont nés ailleurs. Le progrès passe par un humanisme à la mesure du monde, un humanisme qui ne reconnaît pas les frontières. La notion de pays est obsolète : elle tient d’un fond restant de barbarie.
Je suis pour un gouvernement mondial qui offrirait aux enfants de ce monde la libre circulation entre les États. Je milite en faveur d’un monde sans frontières. Plus de visa, plus de passeport, plus de privilèges accordés aux uns et refusés aux autres. Il faut faire un choix : socialisme ou barbarie ? J’ai fait le mien.
Daniel Ducharme
janvier 2011