Les mots débutant par le préfixe in comportent normalement une charge négative. À ne pas confondre, toutefois avec d’autres mots dont le in signifie plutôt «à l’intérieur de» comme, par exemple, les mots inhaler ou introduire. Mais ce sont les mots du premier in qui sont concernés ici, mots que j’évite d’intégrer dans cet essai. Bien entendu, il s’agit d’une règle qui, comme toute règle, souffre d’exception, et insatisfaction, que le Petit Robert (1987) définit comme un «état de celui qui n’est pas satisfait, qui n’a pas ce qu’il souhaite», en constitue une de taille car, dans ce cas, cette négativité se transforme en charge positive, en un élément moteur de l’existence. À cet effet, je cite les propos de mon ami et collaborateur Paul Laurendeau qui, sur sa page web de l’Université York (http://www.yorku.ca/paull/), s’exprime ainsi: «Ma philosophie de l'existence se résume en un mot: insatisfaction. Notre vie sociale est organisée de façon injuste et abusive. Le mode de production dans lequel nous sommes contraints de vivre ne repose pas sur des fondements rationnels. Comme le disait si bien Hegel, il est simplement impossible d'accepter l'état des choses existantes. Mais ma perspective est aussi prométhéenne. Tout est à refaire, et un jour viendra...»
Je partage d’emblée cette approche, au point que je me demande comment un individu, normalement constitué, peut se satisfaire du monde dans lequel il vit. Comment peut-il se déclarer satisfait de la société qui s’étale à sa vue, avec ses inégalités, ses injustices, ses iniquités? Et même sur le plan métaphysique, je dirais, on ne saurait se satisfaire de la condition humaine qui condamne chacun de nous à une mort certaine. Certes, nul n’échappe à sa condition. Mais il n’empêche que le combat pour une société plus conforme à notre idée de justice ne saurait être un vain combat, tout comme la vie elle-même conserve sa valeur précieuse en dépit de sa nature éphémère, du moins sur le plan strictement biologique. Il n’y ni dieu ni société sans classes… mais il y a nous, frères humains, dont la qualité fondamentale est de ne jamais se satisfaire du réel, «de n’être jamais content de rien», comme me disait ma mère, parfois, en me regardant avec le sourire dans les yeux. L’insatisfaction devient alors le moteur de la vie, un moyen de poursuivre ses activités, de créer, bref de ne pas mourir.
Daniel Ducharme
février 2008