Jalousie


Le Petit Robert (1987) définit la jalousie comme les «sentiments douloureux que font naître, chez celui qui l’éprouve, les exigences d’un amour inquiet, le désir de possession exclusive de la personne aimée, la crainte, le soupçon ou la certitude de son infidélité». Yves Simon, dans une chanson dont  j’ai oublié le titre, disait que la jalousie était le cancer de l’amour. En effet, la jalousie tue l’amour aussi efficacement que le cancer ne détruit les cellules du corps. Ainsi ai-je toujours considéré la jalousie comme une maladie, une sorte de virus qui s’attaque au sentiment amoureux, vidant le cœur de la personne infectée au point de la rendre méconnaissable.

Contrairement à ce qu’on pourrait le supposer, la jalousie n’est pas l’apanage des gens disgracieux. Au contraire même, conscients de ne pas avoir été gâtés par la nature, ceux-ci savent à quoi s’en tenir dans leurs relations aux autres, et il est rare qu’ils commettent le péché d’orgueil ultime qu’est la jalousie. Non, la personne jalouse se présente plutôt sous la forme d’un individu d’une certaine beauté, voire d’une beauté certaine, qui réunit en lui toutes les qualités nécessaires à la réussite de sa vie. Mais quelque chose cloche en lui car, sous ses airs discrets, timides, presque mystérieux, se dissimule la plupart du temps un orgueil démesuré qui, dans sa relation avec l’autre, se traduit par un désir maladif de contrôle, par un besoin de faire le vide autour de lui. Ainsi, la personne jalouse  supporte difficilement que l’autre puisse s’intéresser à autre chose qu’à elle-même. Les amis de l’autre en prennent pour leur rhume, bien entendu. Ce n’est pas qu’elle ne les aime pas. En fait, à ses yeux, ils n’existent tout simplement pas, ou alors seulement comme de pâles figurants dans le film de sa vie. En fait, la personne jalouse ne voit que l’autre, n’aime que lui et, au fond, est sans doute la première à souffrir de cette terrible maladie qui a pour effet d’alourdir l’amour au point que l’autre, écrasé par le poids de celui-ci, finit par s’en délester avant qu’il ne prenne des proportions qui confèrent au tragique dans certains cas. On n’a qu’à lire les pages des quotidiens à grand tirage pour s’en convaincre.

On aura compris que je ne parle pas ici de cette petite jalousie du quotidien qui n’est qu’une manière détournée de dire à l’autre qu’on l’aime, qu’on tient à lui, un moyen de se faire rassurer à bon compte. Non, je parle vraiment d’une autre jalousie, un mal insidieux qui ronge les parties cruciales du cœur humain. Ce mal peut sans doute se soigner chez certains individus. Tout dépend du déséquilibre comportemental qu’il provoque chez certains d’entre eux. Pour ma part, je n’ai jamais été atteint avec une telle acuité mais, comme tout un chacun, j’ai ressenti, à quelques occasions dans ma vie, de la jalousie envers une personne aimée.  À chaque fois, à raison ou à tort, je n’ai adopté qu’une attitude: fuir, courir, m’éloigner le plus vite possible – et le plus loin que je le pouvais – de ladite personne, me terrant dans un quelconque lieu du monde jusqu’à ce que je me reconstruise, me guérisse de ce mal qui mine l’estime de celui qui en souffre.

 

Daniel Ducharme
février 2008


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