Mur


Un mur, lit-on dans le Robert (1981), est un ouvrage de maçonnerie. Au sens figuré, il est associé à «ce qui sépare, forme un obstacle». Aussi étonnant que ça puisse paraître, je considère les murs comme des réalités positives car, en faisant obstacle à notre volonté, ils décuplent notre désir, accentuant du même coup notre volonté de vivre. Oui, j’aime les murs car ils constituent une invitation à la transgression, au dépassement de soi. Une citation de Paul Gadenne (Siloé, Seuil 1974) va d’ailleurs dans le même sens que moi: «Il commençait à s’étonner toutefois que, dans cette maison où les hommes et les femmes ne devaient en principe jamais se rencontrer, il fût tant question, sous cape, de coups d’œil, d’intrigues et de rendez-vous […] C’était en vérité une étrange république que celle-ci, où les hommes et les femmes vivaient séparés les uns des autres par un mur de feu. Simon ne parvenait pas à comprendre, à travers les récits de ses camarades, si ce mur était légendaire ou réel. Mais si, dans le mesure où il existait, il semblait avoir pour effet de convertir tout doucement les tempéraments les plus fougueux aux ardeurs contemplatives, il n’en créait pas moins, de part et d’autre, une effervescence anormale – et Simon souriait de voir les hommes qui n’étaient déjà plus tout jeunes se comporter comme on le fait à vingt ans, attendre des heures au tournant d’un couloir, au bas d’un escalier, pour regarder passer une robe…» (p. 105). À ceux et celles qui m’accuseront de complaisance envers un passé révolu, je répondrai: L’intérêt du mur réside dans notre possibilité de l’abattre. Un monde sans mur abolit à tout jamais cette possibilité qui se résume, dans les faits, à un désir de libération, car je ne crois pas en la liberté, seulement en la libération.

 

Daniel Ducharme
novembre 2005


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