Citius, altius, fortius. « Le plus important aux Jeux olympiques n'est pas de gagner mais de participer, car l'important dans la vie ce n'est point le triomphe mais le combat ; l'essentiel, ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu ». Voici, dans son intégralité, la plus fameuse phrase du baron de Coubertin, dont est tiré l'adage : « l'important, c'est de participer ».
On ne sait pas tout à fait pourquoi il serait essentiel, dans la vie, de se battre, mais puisque c'est le Baron qui nous le dit, et que tous les maîtres de l'athlétisme nous le répètent, il faut les croire. Après quoi l'on nous affirme que l'esprit sportif prône l'excellence, l'amitié, et même le respect ; voilà de quoi faire une belle Église.
Car enfin, il est difficile de considérer que le respect est une des valeurs fondamentales de l'Olympisme, lorsqu'on songe aux très nombreux pays qui ont été obligés de boycotter certains Jeux, parce qu'ils ne cautionnaient pas les agissements de quelques gouvernements, soit qu'ils fussent organisateurs, soit qu'ils fussent participants ; et l'on devine alors que ces mauvais pays respectaient quelque chose que les autres ne respectaient pas, et qu'ils ne respectaient pas ce que les autres respectaient. C'est vraiment terrible.
Or, l'Olympisme, c'est bien connu, ne fait pas de politique. Il en fait même si peu qu'il faudrait être un horrible pacifiste ennemi de l'Amitié Entre les Peuples pour y trouver à redire. Par exemple, le principe du transport de la Flamme Olympique par relais depuis le Péloponnèse a été accepté et mis en place pour la première fois par le Reichsministerium Joseph Goebbels pour les Jeux de 1936 ; cette pratique, en dépit de son origine exécrable, a toujours été scrupuleusement observée, car elle a semblé judicieuse et de bon goût, malgré son arôme un tantinet nazi. Après guerre, il n'y eut même pas de cérémonie de purification : on alluma la flamme en Grèce, et on la fit voyager, point. Les survivants des camps ont-il apprécié ? Allez savoir, on voit de tout sur cette planète ! Il est fort possible que quelques-uns aient applaudi.
Il est du reste parfaitement déplacé de vouloir parler de Démocratie ou de
Droits de l'homme à l'occasion des Jeux olympiques ; ce serait comme de vouloir
chanter un cantique au bordel. Le moment ne s'y prête pas, et c'est très mauvais
pour les affaires, qu'il faut respecter par dessus tout. Amen.
Allan Ewran Berger
juin 2010
En raison de la caractéristique fondamentale de cet ouvrage qui en fait un dictionnaire, non une encyclopédie, et des règles qui président à son élaboration, je ne peux faire une entrée à jeux olympiques. Alors je me rabats sur le mot olympisme, même si olympiade serait sans doute plus approprié, bien qu’ambigu, car Le Robert (1987) définit d’abord ce mot par une «période de quatre ans entre deux jeux olympiques». Quant à olympisme, il se définit par «l’institution, l’organisation des jeux», mais j’estime que, par extension, il peut désigner aussi bien l’esprit des jeux olympiques, la philosophie qui les sous-tend.
Les jeux olympiques sont nés en Grèce antique, aire spatio-temporelle de grande civilisation. Un Français du nom de Pierre de Coubertin a eu l’idée des les relancer à la toute fin du dix-neuvième siècle, remettant ainsi à l’ordre du jour une pratique qui aurait dû demeurer dans l’antiquité, comme le gynécée, l’esclavage, l’élitisme homosexuel, etc. Personnellement, je n’aime pas l’idéal olympique que, d’ailleurs, je ne comprends pas. Quelqu’un qui s’entraîne six heures par jour à courir cent mètres, à plonger dans une piscine ou à lancer un javelot, je ne trouve pas ça particulièrement intelligent. Et quand il doit s’injecter je ne sais trop quelle substance pour y arriver, alors ça devient carrément débile. Je ne comprends pas non plus pourquoi les médias accordent tant d’importance à cet événement «planétaire», ni pourquoi ils s’acharnent à compter le nombre de médailles remportées par les Canadiens. Honnêtement, le fait que le Canada remporte 9 ou 36 médailles aux jeux olympiques n’a aucun effet sur ma fierté nationale.
Disons-le franchement, la tenue des jeux olympiques témoigne d’enjeux économiques qui n’ont peu de chose à voir avec le sport. Les recettes se chiffrent maintenant à coup de milliards de dollars et proviennent essentiellement des droits télévisuels et de commandites. Wikipédia (2007) mentionne aussi que les retombées touristiques sont également cruciales pour les villes organisatrices. D’ailleurs, après le dopage, le deuxième scandale de ces jeux vient de la sélection des villes hôtes pour leur tenue, sélection qui a donné place à plusieurs cas de corruption au cours des vingt dernières années.
La devise des jeux olympiques est depuis leur modernisation «citius, altius, fortius», ce qui signifie «plus vite, plus haut, plus fort». À mon avis, l’olympisme ne véhicule que la compétition, l’élitisme et l’inégalité entre les hommes et les femmes de ce monde. Pour le reste, laissons cela aux politiques dont l'idéal du rapprochement entre les peuples – argument utilisé pour justifier les dépenses faramineuses occasionnées par la tenue des jeux – n'est qu'un triste subterfuge pour masquer la maximisation des profits par la voie de la mondialisation.
Daniel Ducharme
novembre 2007