Porte


Une porte est une ouverture aménagée dans un mur pour permettre le passage (Petit Robert 2004). Mot simple, direz-vous. Mot employé au quotidien par un grand nombre de gens car, tous autant que nous sommes, nous devons chaque jour franchir des portes, à commencer par celles de nos chambres à coucher. Toutefois, comme tous les concepts de portée pratique, celui de porte n’échappe pas au piège de la dialectique qui présente, dans son phénomène, son affirmation et son contraire. Ainsi la porte est un signe d’ouverture, car elle permet d’accéder à un espace – généralement intime, sécuritaire, voire familier. Mais c’est aussi un signe de fermeture car toute porte qui s’ouvre se referme aussi. Aussi je m’étonne de l’ambivalence d’une chose aussi banale qu’une porte, du fait que ce qui s’ouvre soit aussi ce qui se ferme. Et comme Vincent Delecroix dans son roman À la porte (Gallimard 2004), je m’étonne que «cette limite, d’habitude si protectrice, qui annonce normalement le chez-soi et prépare le plaisir de se retrouver en soi-même, devient ce qui empêche d’y accéder, une trahison, un retournement de valeur, une inexplicable mutation qui dévoile soudain la nature réelle et ambivalente des choses».

Le concept de porte est employé aussi dans le langage métaphorique, toujours avec la même ambivalence.  Ainsi, ouvrir une porte est une expression qui, dans une discussion, revient à faire preuve d’ouverture alors que fermer la porte signifie son exact contraire: la discussion est close, chacun reste sur ses positions.

Conclusion qui n’en est pas vraiment une: choisissez une jolie porte pour votre demeure, en bois sculpté, par exemple, mais laissez-la ouverte autant que faire se peut, car c’est de l’esprit d’ouverture que procède la connaissance.

 

Daniel Ducharme
janvier 2008


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