Souvenir


Un souvenir est ce qui « ce qui revient ou peut revenir à l’esprit des expériences passées, une image que garde et fournit la mémoire » (Petit Robert 1987). De cette définition il ressort que le souvenir ne peut s’envisager sans la mémoire, cette « faculté de conserver et de rappeler des états de conscience passés et ce qui s’y trouve associé » (Ibid.). Si la mémoire peut être considérée comme une sorte de réceptacle, un peu comme l’espace de stockage d’un ordinateur, le souvenir, lui, a besoin d’un déclencheur pour remonter à la surface de la conscience d’un individu. Ce déclencheur peut prendre la forme d’une odeur ou une couleur particulière, d’une chanson, d’un bruit comme le clapotis de la pluie à la fenêtre de notre chambre, bref de tout phénomène susceptible de faire émerger une image d'un passé révolu, souvent enfouie aux confins de notre mémoire. Car la mémoire réagit à des stimuli qui n'ont pas nécessairement un lien direct avec le souvenir évoqué. La notion d'épiphanie – fête chrétienne dont le sens originel est « apparition » (du grec : epiphaneia) –, initialement utilisé par James Joyce, puis repris par les critiques littéraires pour aborder l'oeuvre de Proust, traduit bien ce processus mémoriel. Qui n’a jamais entendu parler de la madeleine trempée dans la tasse de thé qui déclenche, chez Marcel Proust, tout l’univers de Combray?

Le souvenir, donc, est en quelque sorte un événement qui resurgit dans notre conscience, la plupart du temps de manière involontaire et en raison d’un stimulus extérieur à l’événement comme tel. Mais le souvenir peut aussi résulter d’un effort conscient, de l’effort de celui qui se souvient, comme le soir, par exemple, quand vous êtes assis dans votre fauteuil et que vous pensez à un ami ou à un parent trop tôt disparu. Le souvenir, en cet instant, constitue un acte de création qui redonne vie à des êtres humains, à des hommes et des femmes qui se meuvent dans votre esprit et que votre souvenir contribue alors à faire revivre en vous.

En permettant à ces gens de poursuivre leur existence en vous, vous allez jusqu’à repousser les limites de la mort, de leur mort. Ce pouvoir est toutefois ténu, car ces gens mourront pour de bon lorsque plus rien ni personne ne se souviendra d’eux. D’où l’importance de laisser trace de notre passage sur la terre, en imprégnant par nos actes la mémoire collective de l’humanité afin que nous puissions vivre, le plus longtemps possible, dans le souvenir des uns et des autres.

 

Daniel Ducharme
novembre 2008


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