Travail


Dans le Petit Robert (1987), les définitions du travail s’inscrivent dans deux ensembles distincts. Le premier définit le travail par « l’ensemble des activités humaines coordonnées en vue de produire ou de contribuer à produire ce qui est utile». Plus récentes, les définitions du second ensemble s’articule autour d’une «activité, organisée à l’intérieur du groupe social et exercée d’une manière réglée», bref d’une activité laborieuse rétribuée. C’est dans ce dernier groupe sémantique que s’inscrit cette réflexion.

Henry Miller prétend que le travail est un genre d'activité dont le monopole revient de droit aux abrutis. «Il se situe, écrit-il dans Sexus, à l'extrême opposé de la création, qui est une forme du jeu et qui, du fait même qu'elle est en soi sa seule raison d'être, constitue dans la vie le moteur suprême». Cette haine du travail est un thème récurrent dans l'œuvre controversée de Miller. Bien que n'étant pas toujours en parfait accord avec l'attitude prônée par ce dernier (comme, par exemple, le refus du travail qui se transforme parfois en acceptation de celui des autres pour son propre confort), je partage entièrement ce mépris pour ce travail qui use les hommes et les femmes au point de les rendre complètement obnubilés par cette réalité journalière. De la naissance à la retraite en passant par l'école, tout est centré autour du travail, moteur de la société de rendement, de sorte qu’il constitue alors l'existence, la vie elle-même, et non plus un moyen de la gagner.

À l'instar d’un ami qui a pourtant beaucoup travaillé dans son existence, je refuse la vie si elle n'est faite que de travail. Ce dernier me disait un jour que, s'il ne parvenait pas à vivre de son imagination, il ne lui resterait plus qu'une seule chose à faire: devenir chauffeur de taxi à Bangkok. Dans cette optique, la haine du travail se transforme en motivation pour la création, une raison de plus pour travailler deux fois plus pour ne plus travailler... Cet ami a fini à la tête d’une agence de publicité avant de gagner sa vie en gérant un site web coquin. À chacun son mode de création; l’imagination créatrice, comme la culture, revêt parfois des formes inusitées…

Le travail est une nécessité, un moyen de gagner sa vie, une obligation qui remonte au premier homme, à la première femme, qui furent tous deux chassés de l’Éden par un dieu vengeur et obtus. De là viendrait l’obligation de travailler pour vivre, une obligation qui nous poursuit encore aujourd’hui.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le travail ne devrait pas être autre chose que cette activité nécessaire qui permet à un individu de gagner sa vie. Une activité qui doit s’exercer dans des conditions acceptables, voire même agréables et ce, peu importe le pays dans lequel le hasard nous a fait naître. Bien qu’il puisse se dégager un certain bien-être, une certaine valorisation de cette activité, comme la satisfaction que procure le travail bien fait, pour reprendre un cliché populaire, ça ne devrait jamais aller au-delà. Quand le travail se substitue à la nature de l’humain, quand il devient ce par quoi l’homme parvient à l’Être, quand il représente un moyen de situer un individu dans le monde, un moyen de s’élever au-dessus de ses semblables, alors je dis que le travail n’est plus ce qu’il devrait être et qu’il y a lieu de le questionner, de remettre en question ce qui n’est plus qu’un dérapage insensé, une activité déraisonnable qui nous éloigne de l’essentiel, qui nous écarte de ce qui fait de nous des individus à l’image des dieux. Et quand le travail devient le passage obligé pour accéder à la reconnaissance sociale, quand il nous expose au désir mimétique de notre entourage, quand il nous humilie, nous écrase, nous rend malade, alors il vaut mieux revoir nos priorités et, peut-être, tout bonnement, cesser de travailler, le temps de retrouver l’équilibre en nous.

 

Daniel Ducharme
novembre 2008


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