un récit de Danièle Laliberté
Un cercle lumineux apparaissant à la fenêtre m’a soudainement réveillée. Aveuglée de surprise, j’ai enfilé mes lunettes. Une pleine lune se dressait entre les lamelles du store vénitien, accompagnée par un doux chant mélancolique mais réconfortant. Je n’ai cependant rien aperçu en glissant mes doigts à l’intérieur du store.
L’astre me rappelle la Lune du 24 janvier, moment de ma première visite à l’hôpital. Nous avons immortalisé son image qui symbolise la lutte de Maman et notre espoir. En sa mémoire, elle est reproduite sur les cartes funèbres, auprès de ces quelques paroles:
«Je m’inscris dans ce moment précis de l’histoire du monde.
Pendant quelques décennies, je tiens le flambeau de la conscience que
m’assure ce battement de cœur.
Comme tant d’autres auparavant, il s’éteindra tandis que d’autres se rallumeront.
Vertige de cette formidable aventure de la vie sur la terre».
(Hubert Reeves, 1999)
Hier soir, le flambeau de sa conscience s’est rallumé, le quatorze février, trois jours avant le premier anniversaire de sa mort. Fruit de mon imagination? Simple rêve? Ce phénomène demeurera inexpliqué. Peut-être en est-il mieux ainsi. Je suis depuis lors déstabilisée mais je crois que ce lien privilégié avec ma mère, réel ou imaginaire, m’a comblée. J’attendrai son retour et, la connaissant, je sais qu’elle me surprendra au moment de son choix. Je lui fais confiance: elle identifiera cet instant en pressentant mes désirs et mes besoins. Elle demeure ma grande complice dans mon aventure sur la Terre.
Danièle Laliberté
mai 2006