Mots lisières, mots pêle-mêle

un récit de Fabienne Roitel


Un morceau de ciel déchiré dans l'immense. L'immense que nous avons rétréci à coups de chiffres, à coups de griffes. Plus de frisson. Je ne vois aucun pli dans ton sourire. Le coin de tes yeux est lisse. Ta bouche, c'est un signe, ne crie plus. Elle quémande quelque chose qui soit espace infini ou espace mesuré. Un espace de liberté qui puisse tenir dans une coquille de noix. Ta bouche, italique muette sur ma langue.

Le fleuve souffle un matin de solitude. Nos bouches sont propres de la nuit.

5 heures. Le miroir est neuf au lever du jour. Les mots tambourinent d’impatience.

Mots lisières, mots orée, mots circonférence, ta bouche pour posséder le monde. Allez savoir qui elle va trahir, qui elle va aimer après avoir émis son premier cri. Les chênes mettent des années à donner l'ombre des forêts. Ô, l'ignorance des feuilles et de la mousse sous mes pieds. Viens, nous guetterons le cerf dans l'ornière. Ma bouche pleine d'humus et d'humanité. L'humanité, il se peut qu'elle m'apparaisse. Un jour.

La langue n'a plus confiance. Que faire de la poésie ?
J'ai envie de dire qu'elle aille se faire foutre.



Fabienne Roitel
Août 2011

 

 
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