un poème de Fabienne Roitel
Les hirondelles sur le fil dentellent l’horizon. Noir. Nous craignons le gouffre à force de marcher. Tout droit, tout coi, tout soi.
La sincérité comme l’orage menaçait. Et sa voix sublime,
par-dessus les maux stupides, avait l’élégance du désespoir et de la
béatitude. La force du matin qui se lève toujours pour une première
fois. Pour quelqu’un, pour l’espoir, pour la paix.
La langue confisquée rend les souvenirs trompeurs, aveugle le
présent et sape notre rébellion. Nous avons besoin du soir et du
repos pour que nos pensées puissent éclore, sereines. Qu’elles
enlacent sans pitié et sans retenue toutes les misères, que nos
mains fossoient les excuses, que nos cœurs chantent en français.
C’est beau chanter, c’est beau chanter, c’est humain de chanter…
La nuit épaisse et chaude forcera nos fenêtres à s’ouvrir. Les murs deviendront des forêts et le plancher une prairie. Nous nous élancerons oiseaux –souviens-toi de demain - à travers les nuages dans la géographie inhumaine –la frontière dans les fondrières - L’attente apportera l’eau pour ceux qui ont soif, pour ceux dont le sang a été vendu à la solitude rasoir, pour ceux qui ont un devoir de mémoire.
Au loin, Les clochent découpent le temps unique et compact comme une pierre lisse au creux de la main. Nous dilaterons les instants et rendrons notre sommeil inhabitable.
Fabienne Roitel
janvier 2012