une critique de Jean-Louis Millet
Quatre minutes (Vier Minuten) de Chris Kraus, 2008, film allemand avec Monica Bleibtreu, Hannah Herzsprung, Sven Pippig, Stefan Kurt, Vadim Glowna, Nadja Uhl, Peter Davor, Edita Malovcic, Richy Müller, et Jasmin Tabatabai. Durée: 1 heure 52 minutes.

4 minutes.
Le temps pour expulser un morceau de piano.
Le temps pour une jeune vie abîmée de retrouver un sens.
Le temps pour deux êtres que tout oppose de s’accepter enfin.
Traude. Ancienne élève de Furtwängler, promise aux plus hauts sommets,
barrés par la guerre. Elle devient infirmière dans une prison
transformée en hôpital, tombe amoureuse d’une collègue qui sera
décrétée communiste car différente et exécutée, alors qu’elle est
épargnée grâce à l’aura de son maître auprès du commandant SS maître
des lieux. Elle va rester toute sa vie dans cette prison redevenue
geôle, rongée par le remord de n’avoir rien tenté pour sauver son amie,
essayant de transmettre son amour du «beau» à
quelques détenues et matons amateurs de musique classique, sans grand
succès. Jusqu’à…
Jenny. Jeune femme ex-pianiste prodige, produite par son père dans le
monde entier avant qu’il n’abuse d’elle à quatorze ans. En rupture de
banc, incarcérée pour un meurtre qu’elle n’a pas commis, mère d’un
enfant mort-né par la faute du système pénitentiaire, elle n’est que
haine et violence. Une telle haine sous un blindage d’indifférence
qu’elle est «capable de piquer les clopes d’une
morte». Jusqu’à…
Leurs destins se croisent lors du service funèbre de la co-détenue de
Jenny qui, une nuit, s’est pendue. Traude joue de l’orgue et, du haut
de son instrument, aperçois Jenny qui sur son prie-dieu mime le jeu de
clavier…
Suit le long et rugueux chemin qui s’enroule autour de ce
pivot: « je ne veux plus entendre cette musique de
nègre ! » et qui aboutit à la finale du concours
national des jeunes talents au Deutsche Oper. Là, Jenny possédée par son art, emportée
par ses sentiments contradictoires, ponctue sa partition de Schumann de
fantastiques improvisations…
Enfin elles se voient, se reconnaissent.
Chair de poule assurée !
Monica Bleibtreu campe une magnifique vieille dame.
Hannah Herzsprung explose de violence dans ce personnage martyr.
L’image entre ombre et lumière porte les sentiments.
Hors les classiques, les grands moments de musique sont dus à Annette
Frocks. Courez vite écouter le « Jenny’s
abschlusskonzert »
Jean-Louis Millet
avril 2009