Apocalypto (2006)

une critique de Pit


Apocalypto, 2006, film américain de Mel Gibson, avec Rudy Youngblood, Dalia Hermandez, Jonathan Brewer, Morris Birdyellowhead, Carlos Emilio Baez, 139 minutes.

L'autre soir, j'ai regardé avec mon mari le film Apocalypto de Mel Gibson, sur Canal +, et là je dois dire que ça vaut vraiment le détour! Ma vie aurait été incomplète si je n'avais pas regardé ce....navet! Depuis l'excellent, disons de même facture, gnarc gnarc, The Passion of the Christ (La Passion du Christ – 2004), Mel Gibson s'est spécialisé dans les films tripailles, à grand public. Bien sûr, il peut tourner ses films en araméen, hébreu ou, pour ce cas là, en yucatèque, afin de chercher à donner une certaine authenticité (illusoire), il n'en demeure pas moins que ce n'est que du cinéma populaire. Mais bon ça fait plus pompeux, ça donne un côté studieux et donc fait passer de la pâtée pour chat pour du foie gras. Ce n'est ni plus ni moins de la merde enrubannée, joliment présentée car fort bien filmée.

Déjà, le très cultivé Mel Gibson a clamé à tous les médias que Apocalypto voulait dire "nouveau commencement", d'où le titre de son film. Or, cher Mel il s'agit en réalité d'un verbe grec signifiant je révèle, Une apocalypse c’est une révélation. Ce qui me gène notamment c'est la citation d'ouverture de son film, tirée de W. Durant: "A great civilisation is not conquered from without until it has destroyed itself from within", ce qui veut à peu près dire: «une grande civilisation n'est pas vaincue de dehors avant de s’être détruite de l'intérieur». Alors là, bravo, c'est très fort! Mesdames et messieurs, voici la réponse de Monsieur Gibson au génocide de deux cent millions d'amérindiens! Il faut dire que deux cent millions c'est pas rien (sachant en plus que la politique d'éradication est toujours de rigueur) donc il faut bien se justifier. Et au cas où on aurait pas bien compris, il nous fait la démonstration en image, force à l’appui et c'est peu de le dire.

Bon je vous fais le synopsis pour vous situer l'intrigue. Le film décrit la capture d'une tribu très très sympa, qui vit dans la forêt du Yucatan, par des horribles et très très méchants Mayas, accablés par leur bêtise. En effet, ils ont épuisés leur terre avec leurs cultures, et ils tentent donc de satisfaire leurs dieux avec le sang des captifs. Berk… Et, plus précisément, suit la folle cavalcade de Patte de Jaguar, fils aux yeux de biche du chef de la tribu,  qui fera tout pour échapper à ses horribles oppresseurs (les Mayas, c'est eux les méchants) et sauver sa belle épouse enceinte et son jeune fils de deux ou trois ans, qu'il a caché au fond d'un trou, duquel ils ne peuvent sortir. Oh, mon dieu! L'intrigue se situe pendant les derniers jours de la civilisation maya.

Alors voyons… qu'est ce qui m'a gêné dans ce film purement d'action? Eh bien, peut être, pour commencer, le côté fortement manichéen de l'histoire. Les très gentils et les très méchants, avec grosses ficelles visuelles à l'appuis au cas où on serait un peu limités. Le fait que les deux tribus parlent le même langage, vivent à cinq kilomètres les uns des autres mais ne se soient jamais rencontré et donc n'ont jamais échangés, et pourtant ils parlent exactement la même langue! Incroyable! La violence gratuite sur les enfants et les prisonniers dont font preuve les tortionnaires mayas.

La cité maya elle même, où se mêle le grotesque à l'absurde. Nous pouvons y voir notamment des esclaves maniant une poudre blanche que je subodore être une sorte de chaux, dont ils sont entièrement recouverts d'ailleurs, et qui leur bouffe la peau de surcroît, pour construire les pyramides. Ça y est, Mel Gibson a résolu le mystère des pyramides! La cité elle-même mélange des détails provenant de différentes cultures mésoaméricaines et mayas, séparées dans l'espace et le temps!

L'interprétation hautement personnelle du déroulement des sacrifices humains. Nous avons droit à de l'abattage à la chaîne, avec vue complète de la chute des têtes décapitées le long de la pyramide pour finir sur un tas énorme de crânes, et de l'autre côté y a un tas  énorme de corps décapités. Arrggg errk

L'introduction d'un enfant maya...obèse! Alors là, je suis perplexe! Mel Gibson aurait-il confondu maïs avec pop corn et fèves de cacao avec barres chocolatées, américain avec amérindien, tss tss c'est pas la même chose!

L'éclipse solaire ne me gène pas. Par contre, qu'elle soit suivie la nuit suivante par la pleine lune me gène un peu plus car c'est une absurdité puisque celle-ci ne peut survenir que  quatorze jours après une éclipse. C’est très documenté comme film.

Le héros, dans son périple de retour, tombe sur un incroyable charnier, vraiment, une énorme fosse remplie de cadavres...décapités. Il n'existe à ce jour aucune preuve de telles fosses... chez les Mayas.

Le fait que le gentil Papate de Jaguar cours sans relâche toute une journée et une nuit, ce qui est déjà un exploit, mais en plus il faut savoir qu'avant sa folle course, un javelot maya lui a traversé le flanc. Il y a bien un moment, au petit matin, où il se tient le flanc et là je me suis dit: tiens, il a un point de côté, c'est un peu normal, il a couru comme un dératé pendant plusieurs heures.

Le massacre d'une magnifique panthère noire par les monstrueux Mayas, décidemment bien bien méchants et peu écolos (non respect de l'écosystème et destruction d'espèces en futur voie d'extinction). Était-ce vraiment indispensable d'en rajouter une couche?

Le fait que, à un moment dans la cavalcade, il se met à pleuvoir et là les précipitations, même si on ne s'en rend pas compte, sont hyper-importantes puisque le trou où végètent la femme enceinte et son jeune fils se remplit étonnamment vite d'eau, au point qu'ils sont menacés de noyade. Comment se fait-il que cette femme et cet enfant, vivant dans une forêt pleine de fleuves et aux abords de l'océan, ne sachent pas nager alors que tous les autres oui? C’est vrai quoi, l'eau remplit le trou, il me semble logique de se laisser flotter et de faire ainsi effet bouchon qui flotte et remonte le trou en même temps que le niveau d'eau, non? De cette manière, ils pouvaient enfin sortir du trou. Je ne parle pas de l'accouchement prématuré dans l'eau avec le gamins en suspend sur ses épaules, la scène étant trop risible et peu crédible!

Le fait qu'avec son trou dans le flanc et, par la suite des évènements, une flèche plantée dans la poitrine au niveau de l'épaule, le héros est frais comme un gardon et se bat avec beaucoup de bravoure. Heureusement, on échappe à la mise en image du gars avec ses blessures en train de hisser sa femme et ses bébés hors du trou, mais on ne peut que l'imaginer et là le doute s'installe: comment est ce possible?

Et surtout l'apothéose! La fin!  Faut le voir pour le croire! Alors que le héros, troué de partout, est poursuivi par les deux derniers méchants Mayas, il se retrouve face à l'océan, pas d'issue de secours possible! Mince, le pauvre ils vont le bouffer tout cru! Eh ben non! Les mayas ainsi que notre noble et courageux héros sont tétanisés et fixent du regard quelque chose, mais quoi? Mystère et boule de gomme! Tadadam! L'arrivée des Espagnols! Un peu en avance par rapport à la réalité historique, oh juste de trois cent ans, on va pas chipoter pour si peu, franchement. À noter qu'ils ne posent pas le pied sur le sol, donc ne sont coupables de rien! Voilà une belle apologie du colonialisme. J'en reste bouche bée et si je le pouvais je me poserais sur les fesses afin de pouvoir applaudir des deux mains et ...des deux pieds.

J’ajouterais à cela que certaines scènes m'ont carrément fait penser à d'autres œuvres. Ainsi, la scène où le héros tombe dans les sables mouvants, arrive à s'en extirper et en ressort entièrement noir et là choc thermique, un déclic se produit en lui, la gnac le prend et il décide de riposter face à se agresseurs. Difficile de ne pas revoir Scharzi dans Prédators (1995), dans la même situation, souvenez vous, avec la boue qui lui recouvre le corps. D'ailleurs, je note une ressemblance certaine, au niveau gueule et look, entre le susdit prédateur et les mayas, c'est fort quand même! La fin me fait carrément penser à la fin de l'excellent livre Lord of the Flies (Sa Majesté des Mouches - 1954) de William Golding, les indigènes ayant le rôle des enfants, bien sûr, et les Espagnols, celui des adultes. Pensez ce que vous en voulez.

Pour conclure, je dirais qu’une fois de plus, Mel Gibson nous a fait une belle démonstration de son esprit étriqué, après la justification de l'antisémitisme voici celle du colonialisme. Mais pas de soucis pour lui, le film est bien fait, très bien tourné, avec un rythme effréné au point que le téléspectateur n'a pas le temps de reprendre son souffle, on ne sait jamais, il pourrait avoir des éclairs de lucidité. Donc, à l'instar de La Passion du Christ où n'importe quel neuneu pouvais alors énoncer: "vous voyez, ce sont les juifs qui ont tué le Christ!", ils pourront maintenant déclarer: "c'est  pas la faute des blancs si les  amérindiens ont pratiquement disparus, ils se sont détruis eux-mêmes!"

 

Pit
mars 2010


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