un poème de Paul Laurendeau
Une rue de faubourg, c’est mouillé, c’est opaque.
Ça fourmille de gens qui marchent, fument, sacrent.
C’est lépreux de boutiques aux pancartes tarées,
Déteintes, proclamant dans des patois bohèmes,
La salubrité des denrées…
La pourriture du système.
Des maisons de faubourg, ça craque, ça se penche.
Bruni, ça dégouline en persiennes de planches.
C’est borgne, noir, nombreux comme les gueux d’Argot.
C’est coléreux, chenu, autant qu’une sorcière.
C’est sueurs, ébrouets, ragots.
C’est déshérité, laid, sincère.
Un perron de faubourg, ça joue les citadelles.
On y voit l’horizon, les maisons, les ruelles.
Sur un tableau grisaille, ambitieux et fané,
On y voit des parades de cheminés noires
Aux fumées lourdes… Saleté…
Se tournant vers le ciel… Espoir…
Un logis de faubourg, c’est discret, c’est silence.
C’est ni triste ni nu quand on a de la chance.
C’est souvent habité par une pâle femme.
C’est parfois perché haut.
C’est rarement chauffé.
C’est jamais à l’abri du drame,
Du Vent, des Pluies, de la Beauté.
Un amour de faubourg a cela pour écrin.
Ça se chante : «Cheveux… Mains moites sur des reins…»
Ça voudrait savoir rire et ça a les yeux bruns.
Ça se trompe aussi bien que ça se peut flétrir.
Ça a des fumets opportuns
De savon bleu et de désirs.
Paul Laurendeau
juillet 2008