Leonard Cohen ne fera jamais mon épicerie pour moi

une chanson de Nancy White, traduite de l'anglais canadien par Paul Laurendeau


L’auteure-compositeure-interprète canadienne anglaise Nancy White a écrit Leonard Cohen's Never Gonna Bring My Groceries In [«Leonard Cohen ne fera jamais mon épicerie pour moi»] en 1990. La chanson figure sur son disque Momnipotent: Songs for Weary Parents [« Maman l’omnipotente: Chansons pour parents timorés »], un favori du public. À l’époque de l’enregistrement de cet album, Nancy White écrivait des chansonnettes humoristiques à thèmes inspirées par l'actualité et la vie quotidienne (topical songs) pour l'émission Sunday Morning à la radio anglaise de Radio-Canada (CBC). Elle a composé plusieurs centaines de ces chansonnettes sur une période de quinze années. On lui doit aussi les disques Gaelic Envy [« Tentation gaélique »], Pumping Irony [« De l’ironie à la pelle »], et, plus récemment, Stickers on Fruit [«Des vignettes sur des fruits»]. Elle est aussi la co-auteure de la comédie musicale Anne and Gilbert [« Anne et Gilbert »], dont la première a eu lieu à l’Île du Prince Édouard en 2005. Madame White vit à Toronto en compagnie de ses deux filles Suzy et Maddy Wilde. Pour de plus amples informations sur Nancy White, consultez: MySpace.com/nancywhitemusic.


J'écoutais une petite musique en balayant mon plancher
J'avais les cheveux dégueux et la quarantaine avancée.
J'eus alors une révélation aussi crue qu'intermittente
Sur le thème des hommes qui nous échappent et des coups que l'on manque.
En pinçant mon double menton, je me dis avec effroi
Leonard Cohen ne fera jamais mon épicerie pour moi.

J'ai un enfant, un autre est en gestation. J'ai un mari.
Et comme Leonard j'ai les zones érogènes endolories.
Mais finalement ça me va, ce petit confort domestique.
Car Warren Beatty m'épargne sa vanité antipathique.
Mais j'ai un seul regret, intégral et sincère à la fois,
Leonard Cohen ne fera jamais mon épicerie pour moi.

Oh, Leonard et moi ensemble, ce serait une vraie splendeur
On gratterais nos guitares en chantant fort jusqu'au petites heures!
(Enfin pas trop petites les heures, je me couche avant minuit
Mais bon, pour un bien bref moment, je verrais le paradis.)
Oh oui, Leonard et moi, ce serait la grande décadence
Les bouteilles de vieux rouge se videraient à une de ces cadences.
(En fait, j'évite de boire du vin, ça me donne mal à la tête
Mais Leonard me ferait retrouver le sens de la fête.)

J'adore tout ce qu'il a écrit, sauf une petite ligne immonde:
"Nancy portait des chaussettes vertes et couchait avec tout le monde."
Les gens pourraient penser que j'ai inspiré ce vers fatal!
Car, après tout, en '63, j'habitais bien Montréal
J'étais peut être son genre quand j'étais jolie, jeune, svelte, ah...
Mais aujourd'hui Leonard ne ferait pas l'épicerie pour moi.

Sauf que Leonard et moi, pour sûr, nous sommes de vrais âmes soeurs.
Nous pourrions tant discuter, je le sens au fond de mon coeur.
On boirait notre café noir, dans la Tour d'Ivoire du Chant.
Bon ça, c'est à condition que je trouve une gardienne d'enfants
Je suis une pauvre chanteuse qui se cherche une gardienne d'enfants.

[Parlé] Oui, une seconde Leonard! Hé dites, peut-être que Leonard lui-même pourrait garder les enfants! Oh, il serait parfait. Les filles l'adoreraient. Il pourrait leur lire des histoires et tout. Et puis, un poète comme ça, ça ne lèverais certainement pas le nez sur un petit cinq dollars de l'heure par-ci par-là. Hmmm, oui, mais comment trouver son numéro de téléphone? Un instant, je suis certaine que Marie-Lynn Hammond a son numéro. Elle l'a, c'est sûr. Oh, je suis si contente! Leonard Cohen va pouvoir garder les enfants et comme ça Douglas et moi on va faire un petit saut au centre commercial pour renouveler notre réserve de papier chiotte parfumé pour la salle de bain. C'est exactement ce que j'ai l'intention de faire. Et naturellement, à la fin de la soirée, ce sera moi qui reconduirai chez lui en voiture le beau gaillard qui aura gardé les enfants...

 

Nancy White
Titre original: Leonard Cohen's never gonna bring my groceries in

 

Paul Laurendeau
novembre 2007


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