un poème de Paul Laurendeau
Je marchais tristement, enfonçant ma semelle
Dans le tapis douteux des flocons gorgés d'eau
Qui habillaient la sylve d'un pâle manteau
Dont la toile ignorait les blessures des pelles.
Méphisto enflammait les murailles des cieux
Par le feu aérien d'un incendie pompeux,
Infini, tel celui dont mon torse fut l'âtre.
Et les troncs, dégarnis par la Loi et le Vent
Contemplaient, sénateurs, ce bouffon de couchant
Qui ne voulait dormir, tel un mioche acariâtre.
L'exigeant Chat de Jais ronronnait sous mon crâne
Et piquait ma cervelle en faisant le gros dos.
Mais l'agonie d'automne et son air qui vous damne
Me glaçait. Puis soudain j'aperçu le ruisseau.
Sous le brasier céleste, il paraissait de plomb
Les feuillus effeuillés s'y contemplaient le front.
Aucun gel ne voilait ses pleurs à mon regard.
Ma larme vint se joindre à la légion des siennes.
Conifère esseulé à la pointe vilaine
Et souvenirs feuillus poussant sur du bois mort,
Vous fûtes les témoins de ma dernière erreur
Et ce ruisseau glacial fut mon exécuteur.
Paul Laurendeau
mars 2008