un poème de Paul Laurendeau
Néons
Glacés,
Nations
Tassées,
Métal,
Mental,
Pétales
D'acier.
L'autobus
Métallique,
Long prépuce
Mécanique,
Fonce,
Dame
Vers la trame
De ton drame
Tellurique.
Un nuital pont
De béton lisse
Conduit au fond
De ta matrice.
Il rit d'un fleuve
Sot qui s'abreuve
Des huiles neuves
De sa nourrice.
Dame Montréal,
La nuit se vidange
Sur tes cuisses sales
De démone et d'ange.
Ta chimie phallique
De gratte-ciels chics
Dresse, fantastique,
Ses frêles phalanges.
Ronge à crocs portuaires
Ton île féminine!
Drape tes vieilles chairs
D'annonces de farine!
Quand tes lueurs pucelles
Prostituent, sous tutelle
Des puissantes tourelles,
Leurs vitreuses échines.
Ta huileuse chevelure
De fabriques d'aliments
Roule, torsades impures,
Des menus alchimisants
Ta large hanche d'usines
Projette en guise d'urine
Des fumées dont les latrines
Sont tes vieux cieux grisonnants.
Ton cou pavé des courtisanes
Porte un collier de faubourgs.
Putain d'acier, tu te pavanes
Sur la Grand'Rue de mon amour.
Vile Marie, vitreuse garce,
Je t'aime, soubrette de farces,
Par-delà ta sombre cuirasse
De Finance et de Fonds de Cours.
Tu es le cancer de mon spectral siècle,
Cellule vivante, airain satirique,
Marilyn Monroe d'un spectacle-obsèques
Entend donc, fée d'or, mon cri famélique.
Tu charries dans tes artères de plâtre
Chairs et Sangs et Feux et Blancs et Mulâtres,
Comptoirs et bordels, bureaux et théâtres.
... Tu es la plus belle de l'Amérique!
Et puis, Dame de Montréal,
Ton coeur fourmille de passé.
Princesse aux millions de féals,
Tu sembles un grand lys trépassé.
Te souviens-tu de tes ancêtres:
Manoirs anglais saignants de traîtres,
Églises mordorées de prêtres,
Sensuels Iroquois chassés?
Tes lèvres, bavant la France,
Ont, depuis, bu l'Amérique.
Lui ont trouvé le goût rance
Des vieux poisons monarchiques.
Et ta beauté virginale,
Depuis, s'étiole et s'écalle.
Ne rêve plus, Montréal...
Tes pays t'ont fait la nique.
L'incendie carburant
A brûlé tes organes.
Un pays nonchalant
Te remplit, piètre manne!
Ton drapeau, c'est sa flemme.
Il te maudit puis t'aime.
Tes tours sont ses totems.
Copulez ! Je ricane.
Peau désincarnée
De mon continent,
Vieille et décharnée,
Fardée de ciment;
Va donc, continue,
Respire, pollue,
Lave, prostitue
Ta chair et mon sang.
Un autre pont
Quitte tes seins.
Il est moins long.
Il est serein.
Le fleuve bave
Douteuses laves.
Et ne le lave
Le gris crachin.
L'autobus
Pacifique,
Sceptre d'us
Mirifiques,
Quitte, Ville,
Ta main vile.
Se faufile,
Sympathique.
Banlieue
Prospère,
Des vieux,
Des mères,
Région,
Maison,
Balcon,
D'hier.
Paul Laurendeau
septembre 2007