Requiem pour Capharnaüm*

un poème de Paul Laurendeau


Entends ton requiem, Capharnaüm grotesque
Au pavé abreuvé de cervelle à képi.
Vers ton corps, fourmillant de noire soldatesque,
Un canon tire sans répit.

Le vent a charrié sur ton front de muraille
Des poudreries brûlantes, des odeurs de sang.
Ton minaret pointu, baïonnette en bataille,
Déchire le soleil levant.

Entends ton requiem, Capharnaüm symbole.
Dans tes rues, des gamins (ils ont la mort au front!)
Comme Gendarme sots, violents comme Guignol
Se chamaillent pour un ballon.

Ta matrice est pourrie, tes seins saignent de guerre
Quand même ton enfant essuie un vieux couteau.
À quoi bon te l’emplir de finesse cachère
S’il se vide pour un drapeau?

Entends ton requiem, Capharnaüm humaine,
Riche bourg de l’Honneur et bas-fond de la Plaie.
Si, du canon, bientôt s’envolera l’haleine
Au parfum d’éphémères paix,

S’éteint, s’allume, meurt et brûle ton brasier
Où se fondent fusils, où se cuisent chairs blêmes.
Tu ne guérira pas ta peste dédoublée.
Attends ton dernier requiem.

 

Paul Laurendeau
décembre 2008


*Ce poème est tiré de Poésie d'outre-ville, un recueil que l'auteur a fait paraître chez ÉLP éditeur en mai 2009.


 
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