un poème de Pierre Rivet

Ne croyez pas que je sois un ange,
En fait je dissimule mes cornes,
Mais leurs pointes m'écorchent un peu.
Ne croyez pas que je sois un ange,
Car une odeur de soufre me suis
Et me crée une bienheureuse souffrance.
Ne croyez pas que je sois un saint,
Seulement un pécheur qui ignore le repentir
Et se complaît dans la concupiscence.
Ne croyez pas que je sois un saint,
Car loin de résister à la tentation
Je n’ai de ferveur que dans la luxure.
Oubliez l’image du communiant,
Oubliez le gentil petit garçon,
Oubliez l’ami, le père, l’époux.
Voyez au-delà de l’apparence.
Voyez l’amant et désirez-le,
Voyez le pécheur et soyez complices.
Ne croyez pas que je sois un agneau,
Il y a plutôt du loup en moi,
Qui voudrait se repaître de votre chair.
Ne croyez pas que je sois un agneau,
J’ai tout du prédateur qui guette sa proie
Afin d’assouvir ses plus vils instincts.
Ne croyez pas que je sois un homme vertueux.
Je veux tout connaître du vice,
Être lascif, charnel, sensuel, voluptueux.
Ne croyez pas que je sois un homme vertueux.
La pudibonderie, au contraire, me fait horreur,
Et je vous aime immorales et débauchées.
Oubliez l’enfant sage,
Oubliez la petite fille modèle,
Oubliez l’amie, la mère, l’épouse.
Voyez au-delà de la convenance,
Voyez l’amante et désirez-là,
Voyez le péché et convoitez-le.
Ne croyez pas que je sois un ascète,
Quand je ne suis que démesure, excès,
Et n’ai de goût que pour la débauche.
Ne croyez pas que je sois un ascète,
Toute ma discipline n’a qu’un seul dessein :
Parvenir au faîte de la démesure.
Ne croyez pas toujours au bien,
Regardez en vous et voyez le mal,
Et combien il est attirant.
Ne croyez pas toujours au bien,
Puisque vous en éprouvez l’ennui,
Et brûlez de le mettre à mal.
Oubliez ce que la mère vous conseille,
Oubliez ce que le père vous ordonne,
Oubliez le fils et la fille.
Voyez au-delà de la décence,
Voyez ce qu’appelle votre corps,
Soyez l’esclave, soyez le maître.
Pierre Rivet
août 2008