un poème de Pierre Rivet
Sainte-Catherine. Déambulations dans l'artère du coeur de la ville. Coeur qui bat sporadiquement et donne le beat à un solo de saxe survolté. La ville entendue d'ici, de l'intérieur du corps avec le sang qui afflue. Stridence des sirènes d'ambulances qui n'en sont pas à une urgence près, policiers qui interpellent les putes et les junkies épuisés. Cris, rires, engueulades, une bouteille qu'on fracasse, un chien qui gueule, une radio qui jappe. Bruits, flashs, sexes à fleur de peau. Tournez à la prochaine. Petites rues, ruelles, le bruit devient fond sonore au loin pour insomniaques. Chats qui miaulent, la ville ronronne. Maisons, cours gazonnées, soupirs, gémissements par la fenêtre, ronflements. La ville, la nuit.
Le poème est une ville aux risques infinis. Les rues se ruent sur vous de manières rectilignes, les feux sémaphores. Et les vers vous rongent. De gros rats tracent des pattes noires sur votre cahier et grugent vos mots, ne laissant que des consonnes aphones. Les voyelles hurlent dans la nuit en allumant leurs gyrophares, la ville gémit sa douleur en rimes infirmes qui vous couchent sur le trottoir sans aucun espoir d'être recueilli dans les douces pages d'un livre. Le poème est vil quand il urbanise le tracé de vos sentiments.
C'est beau une ville la nuit, c’est comme un poème obscène.
Pierre Rivet
juin 2005