La manière "i"

un récit de Richard Monette


« La simplicité est une vertu. »

Cette histoire commence au pied d’un mont rond et illustre certains points de la philosophie des magasins "i", notamment la manière "i" en tant que façon différente de penser.

Il était une fois Rachid Sisyphe, un éléphant d’une puissance calme qui devait, sans désespérer ni ménager l’effort, éternellement recommencer à rouler une énorme pierre ronde. Il gravissait par le flan une vieille montagne pour y placer tout au sommet sa lourde boule. Il recommençait sans se lasser toujours confiant d’atteindre son but. Hélas! Prêt du sommet auréolait une abondante odeur produite par une magnifique petite fleur bleue poussant là en vaste colonie touffue. Malheureusement, le mammifère était allergique à ce parfum et, quand il arrivait à cette hauteur, éternuait avec force, provoquant ainsi la perte de contrôle du gigantesque caillou et la chute de ces deux inséparables, cul par-dessus tête, qui dégringolaient jusqu’au bas de la pente.

Ici, le défi était de taille car il fallait aider le rondelet herbivore à atteindre son objectif: faire trôner ce granit usé tout au sommet. «Tout simple», proclamèrent à l’unisson trois équipes pourtant très différentes de par leurs valeurs et leur manière d’aborder la résolution de problème. Elles relevèrent donc le défi, mais une seule avec tout le succès exigé. Par respect pour les perdants, je ne dévoilerai l’identité que de l’équipe gagnante. Les deux autres équipes seront respectivement nommées les Gros Bras et les Bolés.

Les Gros Bras semblait l’équipe favorite. La force physique, cela allait de soi, étant ce que nécessitait la tâche, le gang à muscles se dépensa dans l’action sans compter. Ils tirèrent le lourdaud obstinément. Ils le poussèrent autant, se positionnant derrière l’énorme postérieur et les pattes du pachyderme afin de le maintenir en place et l'empêcher de basculer lors de l'éternuement fatal. Les efforts et dépenses de calories ne manquaient pas au rendez-vous de ce qui allait être une écrasante réussite. Même l’odorante sueur humaine, qui devait contrer l’arôme floral, flotta dans l’air longtemps après la performance de l’équipe. Mais ce qui devait arriver arriva. Le mastodonte et la pierre précieuse ne furent pas les seuls, cette fois-là, à chuter pêle-mêle tout le long du versant.

La deuxième équipe, les Bolés, évoluée, scientifique mais peu consciente des coûts (car seul l'atteinte de l'objectif était importante) se dota d’un plan détaillé avec un échéancier serré pour le suivi des rencontres quotidiennes et hebdomadaires, parfois jusque tard la nuit. Ils achetèrent de la machinerie et des systèmes de levage complexes. Ils firent des prélèvements d’air, de sol, de fleurs et même quelques douloureuses ponctions sur la pauvre bête. Ils analysèrent, expérimentèrent et conclurent. Ils firent même affaire avec une firme de haute technologie étrangère pour la production du nouveau matériau très résistant et élastique, issu de leurs savants calculs. Ils ligotèrent le balourd, le rendant prisonnier d’une mécanique incontrôlable pour lui. Cet attirail fut spécialement conçu pour aider l’obèse, apparemment. L’animal semblait absent, invisible parmi les pieux, sangles et poulies grinçantes. Bon, c'est sûr que la bestiole fut, semble-t-il à peine torturée et n’a que peu barri. Pourquoi aussi mentionner le prix de tout cela puisque le but à atteindre le justifiait ? Il fallait les voir concentrés à leur table de travail sans jamais fouler la pente en train de jacasser de leur fantastique invention sur les ondes de télévision durant les émissions scientifique du Canal Succès le samedi après-midi. Ils y parvinrent. C’était presque à croire que l'importance de l'objectif était occultée par la fierté du moyen le plus extraordinaire. Il y a même un de ces intelligents équipiers qui est allé dire à la caméra indiscrète que: «C’aurait été bien plus facile et moins coûteux sans le tas de graisse dans le décor.»

Je m’interrogerai longtemps sur la qualité de cette réussite: Est-ce que ce ne devait pas être l’éléphant avec de l’aide qui le fasse? Et non pas quelques orgueilleux cerveaux?

La troisième équipe a d’abord observé Rachid Sisyphe, l’éléphant roi. Les collaborateurs de l’équipe comprirent qu’il y avait là un être sensible, solitaire, timide et fier. L’équipe se lia d’amitié et la diversité du souverain ne faisant pas obstacle à la camaraderie. Rachid reçu un surnom sympathique. On demanda à Pistache simplement, sans dépenser un sous noir, sans abus ni souffrance, avec respect et délicatesse de bien vouloir se tourner et pousser la pierre avec son derrière pour gravir la montagne. Ainsi, lorsqu’arrivé dans la zone des éternuements, ceux-ci, loin de freiner l’ardeur de la montée, serviront de poussée supplémentaire, allégeant la tâche et permettant le succès de l’entreprise par Pistache lui-même.


Bien sûr, l’équipe gagnante provenait d’un magasin ABC. Et voilà! Atteindre de bons résultats avec peu de moyen en respectant les individus, c’est ça la manière "i", une façon différente de penser, et de réussir.

Maintenant, devinez quoi? Pistache a tellement adoré l’idée et apprécié l’originalité, la manière de transformer en énergie positive ce qui semblait un obstacle infranchissable, que c’est lui qui donne volontairement, en barrissant haut et fort, un petit coup de trompe à la roche qui roule alors en bas suivi à la course par notre euphorique ami. Il recommence inlassablement après chaque réussite. Et il vécut heureux éternellement.

 

Richard Monette
octobre 2008


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