Même sous le soleil intense d'octobre

un poème de Richard Monette


Même sous un soleil intense d’octobre les doigts me gelaient crispés au bâton du râteau. Je griffais le sol frénétiquement mais sans passion, péniblement. Je ramassais les feuilles sous l’érable rouge en gonflant l’amas en monts. Essoufflé, je refusais obstinément de me pencher, finissant par construire une chaine de collines fragile. Le vent sans avertir pourrait tout disperser en tempête d’arc-en-ciel. Le gel s’infiltrait par l’encolure du cou, par les manches aussi, et même par l’ouverture au bas du dos laissée par le pan flottant de ma veste bleue. Il fallait bien se pencher pour mettre en sacs ces abandons organiques avant que la fureur fauve de l’air ne souffle ce raide labeur.

J’aurais aimé à l’automne être agile et chat,
Couvert de poils et sans ouvertures au froid.
Comme foudre au vent pourfendre le moelleux
Tel le félin se défilant à l’œil radieux, heureux.

 

Richard Monette
août 2010


 
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