Sex friend

une nouvelle de Tom Gwriter


Il est amusant de voir comment la culture peut influer sur la façon de séduire. En France, c’est souvent l’homme qui doit faire le premier pas. C’est lui qui doit courtiser, trouver les mots, faire monter le désir de la belle, qui se contente généralement de répondre avec les yeux, le sourire, par allusion, par illusion.

Quand Joanie m’a demandé si je voulais être son « sex friend » avec son atroce accent québécois, je l’ai trouvée vraiment belle. Comme il est agréable de se faire séduire par une femme qui sait ce qu’elle veut. Elle m’avait trouvé charmant. Alors au lieu de m’envoyer des signaux nébuleux, des œillades énigmatiques et autres sourires sibyllins, elle était venue s’asseoir directement à côté de moi et m’avait offert un verre. J’avoue avoir été étonné, et quelque peu déstabilisé par la manœuvre, mais bien content de me laisser porter par son … élan. Ce qui était la moindre des choses venant d’une québécoise !

Quelques heures et un diner plus tard, elle m’avait posé cette question, m’expliquant que c’était très courant au Québec, que les femmes n’hésitaient pas à draguer. Tout était clair, pas besoin de sentiments, pas de contraintes, juste du sexe. J’étais comblé, cette femme était magnifique, sûre d’elle, et je n’étais même pas obligé de feindre d’en tomber amoureux.

Dans l’hexagone, le sexe reste entouré de tabous. Et peu de femmes de ma génération en parlent vraiment librement, sans rougir, sans malaise. La plupart veulent de l’amour avant même de le faire.

Je ne comprends pas pourquoi il faudrait se mettre des contraintes, s’imposer d’avoir des sentiments pour passer une nuit ensemble. Le sexe est bon, il déstresse, il permet de se libérer, de se laisser aller à toutes les fantaisies, de prendre du plaisir que diable !  Bien sûr qu’il est plus agréable de faire l’amour que de baiser, mais ça ne rend pas le deuxième inintéressant. Bien au contraire ! Et puis l’un n’empêche pas l’autre, on est jamais à l’abri d’une connerie !

Et quand je vois certaines femmes particulièrement coincées, je me dis qu’un bon coup ne leur ferait pas de mal. Évidemment je suis prêt à me porter volontaire pour aider quelques unes de ces dames à se libérer !

Mais revenons à ma « sex friend », Joanie. Cette jeune femme avait compris les avantages du sexe sans contrainte, et elle assumait pleinement ses désirs, ses besoins. Nous nous sommes vus plusieurs fois, le temps de sa présence en France. Nous nous appelions quand nous avions envie, toujours heureux de se retrouver dans un lit, sur une table, dans un canapé ou à même le sol. Seuls nos ébats comptaient, sauvages ou tendres, l’important était de se donner sans tabou, sans réserve, sans attaches… sentimentales tout au moins, les menottes s’étaient avérées être une fausse bonne idée !

Et puis elle est rentrée chez elle. Nos chemins se sont séparés, sans souffrance, sans tristesse, sans regrets.  Joanie m’a donné son adresse à Montréal pour que je puisse me réchauffer, si un jour je décidais d’aller dans son pays froid …

 

Tom Gwriter
avril deux mille onze

 


 
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