Versatile mémoire

un récit de Tom Gwriter


Les souvenirs s’effacent tous, peu à peu, chacun à son rythme. Quelque soit notre volonté de les retenir, quelques soient les efforts que nous faisons pour essayer de les garder intacts.

Notre mémoire finit toujours par nous trahir ou les pervertir. Les lieux se modifient, les mots se perdent, la lumière change. Parfois les images deviennent floues, les détails s’évanouissent.

Même les visages des personnes que l’on a aimées se trouvent altérés. Nous sommes alors contraints de retrouver une photo pour graver encore les traits d’un être chéri dans cette volatile mémoire.

Mais quand tout a été perdu, que les flammes ont transformé les cadres et les albums en poussière, on ne peut compter que sur de fragiles souvenirs.

Comment faire alors pour retrouver le dessin précis, les traits qui faisaient la beauté harmonieuse de ce visage qui nous a pourtant marqué au plus profond et que, naïvement, l’on croyait inoubliable ?

Tu me manques tant mon amour. Je t’ai perdue trop tôt, nous n’avions pas encore vécu une vie alors que nous aurions dû en vivre cent. Nous ne faisions qu’un, une moitié a été arrachée et l’autre s’est disloquée dans un océan déchainé de douleur, balayée par de rageuses lames de larmes.

Je pense à toi mon amour mais ton visage se trouble et je sais que bientôt je n’aurai plus qu’une image diffuse. Je sais qu’ensuite tu ne seras plus qu’une ombre sans détails, et qu’enfin je ne verrai plus qu’une vague silhouette perdue dans un nuage de honte et de regrets.

Je te perds une fois de plus, comme si la première n’avait pas été assez difficile.

Cette fois c’est moins brutal, plus insidieux, et surtout définitif. Comment ne pas sombrer si je n’ai plus rien de toi à quoi m’accrocher ?

Je maudis ce jour où la vie t’a enlevée, et celui où cet incendie a transformé nos reliques en cendres. Et maintenant, des années plus tard, je m’en veux de n’être qu’humain, de ne pouvoir contrer l’œuvre destructrice du temps qui arrache de ma tête le peu de toi qu’il me restait.

Tu disparais chaque jour un peu plus, comment mon âme pourrait en faire autrement ? Je me dis que je devrais te rejoindre tant que j’ai encore une chance de te reconnaître … et puis j’oublie …

 

Tom Gwriter
juillet deux mille dix

 


 
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