Le supplice du mégot

un poème de Tom Gwriter


Au milieu de tant d’autres, tu as fait de moi ton élu
Tes doigts délicats, se sont lentement serrés sur moi
Tu m’as conduit à tes lèvres d’un geste convaincu
Tu m’as allumé doucement, provoquant mon émoi

Faisant brûler la flamme créatrice de notre belle union
Comment pouvais-je alors ne pas me consumer pour toi
Mon corps était de braise à chacune de tes aspirations
Je vivais au rythme de ton souffle, blotti entre tes doigts

Tu me laissais m’insinuer en toi, savourant mon âcre fumée
Tu prenais plaisir à me sentir caresser ta langue avide
M’emprisonnant dans ta bouche, dans ta gorge dévoyée
Je m’infiltrais en toi, arpentais funestement ton corps vivide

Tu inspirais ma vie, subtilement, par bouffées sensuelles
Jusqu’au bout, jusqu’à ma fin, jusqu’à ce que tu sois repue
Quand ce fut le cas, crûment, sans niaiserie consensuelle
Tu m’as écrasé, la douceur dans tes doigts avait disparu

Tu n’avais plus besoin de moi, tu ne me voulais plus
Prenant soin de disperser mes cendres dans le vent
Tu m’as lancé au loin, là où tu ne me verrais plus
Me voila seul, perdu, simple mégot encore fumant

Condamné à l’immobilité, je me vide de ma substance
Mes dernières forces m’abandonnent, mon feu s’éteint
Mon âme s’envole en ternes volutes, macabre danse
Je me noie sous une pluie battante, le froid m’étreint

 

Tom Gwriter
mars deux mille onze

 


 
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